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Enfants surdoués : comment gérer au mieux leur scolarité ?

 

3 questions à Audrey Platania (Cogito'Z)



Cmonécole : Tout d'abord, à partir de quand peut-on parler d'enfant surdoué ? Faut-il faire des tests ?


Audrey Platania : Le QI, mesuré par des tests, est un indice, mais ce n'est pas le seul indice. Ce n'est absolument pas le QI tout seul qui permet de poser le diagnostic. Plein d'autres critères plus "qualitatifs", entrent en compte, qui concernent le mode de pensée de l'enfant et sa personnalité.

En effet les surdoués ont un mode de pensée différent, ils ont une fulgurance de pensée qui fait que face à un problème ils accèdent à la réponse d'une manière plus rapide ... mais parfois sans savoir comment. Ils peuvent avoir du mal avec les raisonnements logiques, mathématiques, traditionnels.

Les surdoués sont aussi des enfants qui font passer l'affect avant tout, des "surdoués du coeur". Ils marchent beaucoup à l'affectif. Ils sont hypersensibles à l'injustice. Ils sont très attachés à la notion de loyauté dans les relations avec autrui, ils peuvent ressentir comme des trahisons ce qui nous semblerait de petites contrariétés.

On peut donc avoir moins de 130 au test de QI et être surdoué, parce qu'on aura ces caractéristiques. Inversement, on peut avoir plus de 130, et ne pas être surdoué, mais juste très intelligent ... notamment dans le cas d'enfants qui ont tendance à surinvestir leurs capacités intellectuelles pour se rassurer.

Cela veut dire aussi que, pour poser le diagnostic, il faut absolument aller consulter un professionnel spécialisé dans ces questions. L'ANPEIP (Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces) tient à jour une liste de ces professionnels, sur tout le territoire français, il suffit de les contacter par téléphone.


Cmonécole : Les enfants surdoués réussissent-ils à l'école ? Quelles sont les solutions si ça ne se passe pas bien ?

Audrey Platania : Globalement, on considère que 1/3 des enfants surdoués réussissent bien à l'école, 1/3 ont quelques difficultés et 1/3 sont en échec.

On l'a vu, ils ont un mode de raisonnement différent des exigences scolaires, qui peut leur poser problème. Parfois aussi, les tâches demandées sont trop simples pour eux et ne les intéressent pas. Parfois enfin, il y peut y avoir des problèmes de comportement, ou d'autres troubles cognitifs ou moteurs spécifiques.

Face à un enfant surdoué qui connaît des problèmes dans sa scolarité, il y a globalement deux stratégies possibles : celle de l'adaptation (aider l'enfant à s'adapter aux exigences scolaires), et celle de l'aménagement du cadre (par exemple, lui faire sauter une classe ou le changer d'établissement). Le choix fait doit être le résultat d'une réflexion commune entre enseignants, parents, et psychologue qui suit l'enfant ou a établi le diagnostic. Il ne sera pas le même selon l'enfant, le contexte familial, et scolaire.

Aider l'enfant à s'adapter, cela veut dire l'aider à comprendre son propre mode de fonctionnement, et à l'inverse comment les autres fonctionnent, et quelles sont les exigences scolaires. Il ne s'agit pas de lui demander de changer son mode de réflexion, mais de l'aider à avoir deux niveaux de fonctionnement : et quand c'est nécessaire, à "switcher" sur le mode de fonctionnement de l'enseignant. Les parents aussi doivent être impliqués dans cette réflexion et cette compréhension du fonctionnement de leur enfant : ils pourront d'autant mieux l'aider dans son travail.


Cmonécole : Et les stratégies du saut de classe ou du changement d'établissement ? Dans quel cas peuvent-elles être adaptées ?

Audrey Platania : Pour le changement d'établissement, il faut que des conditions bien précises soient réunies, qu'il y ait à proximité (géographique) un établissement bienveillant et sensibilisé au problème des enfants surdoués ... Mais de tels établissements sont rares ... Et il ne s'agit pas de faire déménager la famille ou de faire supporter des heures de transport à tout le monde, ce sont des situations difficiles dont l'enfant se sentirait responsable !

Pour le saut de classe, oui, cela peut fonctionner, apporter beaucoup d'apaisement, aider l'enfant à trouver sa place.
Le saut de classe doit être considéré comme une solution thérapeutique, face à des enfants démotivés ou en souffrance. Souffrance doit être compris au sens large, certains enfants surdoués ont des capacités à s'hyperadapter, ils semblent "parfaits", répondent à toutes les exigences ... mais ont des difficultés à se sentir eux-mêmes. Cela peut être source d'anxiété diffuse, de troubles du sommeil, de maux de ventre. Pour ceux-là aussi, le saut de classe peut être une solution.

Attention en revanche à ne pas parler de saut de classe dès qu'on a l'impression qu'un enfant s'ennuie. Tout d'abord, l'ennui est normal, même nécessaire, il y a forcément des moments dans la journée où l'enfant s'ennuie. Ensuite, tout enfant qui s'ennuie n'est pas surdoué : certains peuvent avoir des difficultés psychologiques, une sensation d'apathie, une difficulté à éprouver du plaisir ; d'autres peuvent utiliser "l'ennui" comme une stratégie d'évitement : quand la tâche leur paraît trop compliquée, ils l'évitent en évoquant l'ennui comme justification. Donc, "enfant qui s'ennuie" ne veut pas forcément dire surdoué, ni que le saut de classe est une solution.


Cmonécole : Audrey Platania, merci !



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Derniére mise à jour le 30/11/2014 à 19:57:01

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